La nourriture occidentale repose traditionnellement sur la consommation prioritaire des céréales, et en particulier des différentes sortes de blés, l’un d’eux étant le blé noir ou sarrasin, apprécié des équipages bretons, qui aurait des propriétés antiscorbutiques.
A terre, s’ agissant d’un produit indispensable, le contrôle des céréales comme celui du sel, relève à la fois d’un privilège (payant) du Roi, et de l’ intermédiaire des propriétaires et exploitants des moulins à grains, points de passage obligés entre les producteurs, qui fournissent le grain, et les utilisateurs de farine.
La farine est hygroscopique et attire les insectes parasites ; une longue conservation des céréales à bord, avant que l’on ait inventé les emballages sous vide, peut être préférable sous forme de grains, plutôt que de farine en baril, denrée que l’on voit couramment figurer dans les inventaires d’ approvisionnement de cette époque.
II y a dans ce cas nécessité de moudre le grain chaque jour . Pour un navire de 100 personnes la quantité à transformer est de l’ordre d’un sac de grain de 50 Kg par jour, dont la mouture est une corvée non négligeable.
La meule à main.
Des quantités petites ou moyennes de blé peuvent se traiter à la main par écrasement entre deux petites meules en pierre d’environ 60 cms de diamètre et 10 / 15 cms d’épaisseur, pesant chacune quelques dizaines de kilos (selon la densité de la pierre).
Le dispositif comprend :
une meule gisante ( fixe ) avec une surface de frottement striée et légèrement convexe, pour favoriser l’écoulement de la farine du centre où elle est introduite vers l’ exterieur. Celle-ci est fixée au socle du réceptacle à farine . Percée à son centre d’ un petit trou il permet le passage de l’axe de rotation étanché par un "boitard" en bois empêchant la farine de s’écouler autour de cet axe.
une meule courante ou tournante, cerclée d’acier, dont la surface de frottement est légèrement convexe. Elle comporte à la périphérie supérieure le logement d’une poignée pour commander directement sa rotation. Mais l’ entraînement de la meule tournante est en général lié à l’ indispensable axe de centrage commun aux deux meules , la rotation de la meule supérieure étant alors commandée par "l’ annille", pièce de liaison en fer fixée sur cet axe , qui se loge dans deux encoches creusées dans la pierre sur la face inférieure de la meule tournante.
L’axe de la meule tournante doit non seulement permettre le passage de l’axe, mais aussi l’introduction du grain, provenant d’une trémie, introduit par un "auget de distribution" dans l’"oeillard" , pièce circulaire en fer tapissant le grand évidement de la meule tournante. L’ auget subit des tressautements liés à la rotation des meules pour bien repartir le grain dans l’oeillard.
Une boite de collecte de la farine ou du son de forme circulaire, orthogonale ou carrée, s’ élève en hauteur au dessus du niveau de la meule gisante et se vide dans une boite de réception, où il faut encore tamiser la farine du son selon un certain pourcentage.
Le moulin à vent embarqué.
Celui-ci est installé sur la dunette arrière, parceque c’est la partie du navire qui profite des allures portantes et du vent arrière. C’est aussi un des rares endroits du pont dégagé, bien que le moulin doive cohabiter avec la voile d’artimon, et ses changements d’ amures. Placé immédiatement au dessus de la grande chambre et de la cabine du Commandant il est possible que son bruit et son maniement par l’équipage à cet endroit ne soit guère apprécié de l’Etat-Major, ce qui expliquerait sa brève carrière.
II semble avoir été utilisé pour la première fois sur "l’ Astrolabe" de De Langle, qui l’ a d’ailleurs débarqué à Monterey (Californie), ce qui est mentionné dans le récit du voyage de Lapérouse en ces termes : « Les femmes ne sont guère chargées que du soin de leur ménage et de celui de leurs enfants, et de faire moudre et rôtir les grains
cette dernière opération est très pénible et très longue, parce qu’elles n’ont d’autre moyen pour y parvenir que d’écraser le grain sur une pierre avec un cylindre. Mr. De Langle , témoin de cette opération, fit présent de son moulin aux missionnaires ; il était difficile de leur rendre un plus grand service ; quatre femmes font aujourd’hui le travail de cent » . II est aussi possible que Mr de Langle souhaitait se débarrasser de son moulin, très visible sur les croquis de la Baie des Français en Alaska, pour réutiliser à sa place la meule à main.
II n’y avait pas de moulin sur la "Boussole" de Lapérouse, probablement par ce que la demi-dunette rajoutée sur l’ arrière ne permettait pas sa fixation, ou en raison du caractère expérimental de l’installation de l’"Astrolabe".
L’idée du moulin a été reprise sur les deux navires de d’ Entrecasteaux, peut- être parcequ’ à cette époque révolutionnaire, chercher à alléger les corvées des matelots était une attitude indispensable. Mais il n’y a pas eu de généralisation du système, bien que la voile soit restée le principal mode de propulsion pendant encore plus d’ une centaine d’années. Hélène Richard décrit dans son étude sur l’ expédition de d’ Entrecasteaux le choix de cette accessoire Selon une idée de Fleuriot de Langle on voulait éviter à l’équipage la corvée de la mouture du blé emporté en grains, et on avait installé un moulin à vent sur chaque bâtiment ; " on a mis en place notre moulin, il est porté par deux traverses fixées sur 4 allonges au dessus de la dunette.
Le moulin glisse sur une coulisse faite entre les deux allonges de manière qu’on puisse aisément changer de bord" ; on pouvait ainsi le disposer de façon à recevoir le plus de vent possible .
Le moulin de bateau est du type "tour", c’est a dire que la tête orientable ( manoeuvrée par l’intérieur, ou de l’ extérieur) qui supporte les ailes et leur axe de rotation légèrement incliné vers le haut, est posée par l’intermédiaire d’un roulement ou d’une glissière circulaire, sur le cylindre vertical fixe du moulin qui contient la trémie, la meule, et le bac de récupération de farine.
Les dimensions approximatives de l’ensemble sont 2,50 m. de hauteur de tour, surmontée d’une tête conique d’environ 0,75 m., avec 4 ailes de moulin, dont la paire a 2,50 m. de diamètre. II n’y a pas dans le journal de Lapérouse de commentaire sur son efficacité, la force de vent minimale nécessaire, l’utilisation en mer et au mouillage sur rade. Ces détails se trouvaient probablement dans le journal perdu de De Langle, intéressé par toutes les nouveautés comme la "cucurbite" pour distiller l’eau de mer ou la cuisinière anglaise perfectionnée. La bonne santé du marin était un condition indispensable du succès de l’expédition maritime.
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