« Notre armée de plus de 2000000 d’hommes mobilisés, fut mise en déroute en cinq semaines. 120.000 militaires tués et autant de civils innocents. 1.800.000 prisonniers privant la France de ses forces vives, remplacés par les femmes pendant 5 ans aux champs et dans les usines.
Des parlementaires tétanisés, sauf 80, donnèrent le pouvoir absolu au Maréchal Pétain, vieillard de 83 ans, marqué par les sacrifices de 1914-1918. Celui-ci choisit la collaboration avec les ennemis, appuyé par un noyau dur du Gouvernement de Vichy et sa Milice alliée de la Gestapo, favorable à l’Europe nazie de Hitler.
Avoir 15 ans en 1939, c’est être privé de liberté face à un avenir invivable, de quoi donner un sentiment de responsabilité et la volonté de chasser les ennemis installés sur la terre française.
Espoirs entretenus de Londres par le Général de Gaulle, l’homme providentiel qui fit le bon choix. N’oublions pas ce que nous devons aux Résistants et à cette jeunesse de France mise au pied du mur sans préparation militaire, menacée par le STO en Allemagne, qui n’avait pas eu le temps de profiter de son adolescence. Elle choisit le maquis avec les risques de torture, de l’envoi en Allemagne dans les camps d’extermination. C’est elle qui a fourni un appoint de volontaires évalué à 15 divisions par le Cdt. des Alliés, lors des combats de la libération du territoire métropolitain, accélérant ainsi la fin de la guerre.
Obligeant l’Allemand à une déroute encore plus pitoyable que la nôtre en 1940, libérant nos prisonniers, sauvant la vie de nombreux déportés et l’honneur des Français.
Mars 44, les unités s’organisent
Le Sud de la France ne fut occupé qu’en novembre 1942, lorsque les Alliés débarquèrent en Afrique du Nord et que notre Armée d’Armistice fut dissoute.
Il y eut dans le Tarn jusqu’à 25000 Allemands interdisant toute réaction significative des maquis, encore constitués d’effectifs trop faibles.
En effet, ce n’est qu’en mars 1944 dans le Tarn que des unités s’organisèrent pour le combat ouvert. Le débarquement en Normandie du 6 juin 44 accéléra le recrutement des maquisards et obligea l’ennemi à retirer des troupes d’occupation.
La Libérationde Carmaux
Celui de Provence le 15 août 1944 donna l’ordre en même temps à tous les maquis du Sud de la France d’engager l’offensive générale en fonction du rapport de force local. L’EM des maquis de la zone « D » de Carmaux, réuni le 15 août au soir à l’Ecole de Mr Vareille à Canitrot, décida d’attaquer Carmaux et de libérer la ville le lendemain. Dès une heure du matin les « Sédentaires » (maquisards armés restés chez eux en ville, qui travaillaient normalement sans se faire remarquer) occupèrent en douceur la Mairie, la Gendarmerie, le Commissariat et la Poste.
À 6 h 30, six Maquis ; « Antoine », « Baron » et « Py Teixidor » du groupe Vény, « Stalingrad », « Le Noir », « Amédée » avec le groupe « FUPJ », soit un millier d’hommes, convergèrent vers la Ville occupée par une garnison d’une centaine d’Allemands.
Le premier accrochage eut lieu au bas de la côte Ste Cécile. D’autres se produisirent en cinq points de la ville. Une trentaine d’ennemis furent capturés sans pertes. Sauf un maquisard de chez « Antoine », agent de liaison, « Le Laboureur », qui fût fait prisonnier. Le reste de la garnison, 70 hommes, fut encerclé dans l’Ecole de la Croix Haute. Un ultimatum transmis fut repoussé. Les 2500 Allemands de la garnison d’Albi ayant décidé de reprendre Carmaux ; les FTP. 4.204e Cie furent chargés de donner l’assaut qui eut lieu vers 14 h. Le Cdt. Allemand se rendit après avoir décoré de la croix de fer « Le Laboureur », maquisard prisonnier, qui avait sauvé un blessé ennemi par humanité pendant le combat.
Le groupe « Le Noir » envoyé à la rencontre des Allemands venant d’Albi, les accrocha très durement en avant du Garric sur la route d’Albi. Bousculé par un bataillon, il dut se replier à court de munitions. Un front de 8 km. de Blaye à Pouzounac par le Garric fut constitué par 10 maquis avant la nuit pour protéger Carmaux. Les Espagnols de Py Teixidor stoppèrent brutalement l’ennemi au carrefour du Garric.
Le lendemain 17 août après la reconnaissance d’un avion ennemi, l’attaque allemande fut déclenchée sur tout le front. Les combats furent acharnés toute la journée. Des positions étant évacuées puis reprises. Cinq maquisards du Groupe Bories faits prisonniers furent fusillés puis massacrés sur place à l’arme blanche, par les « Mongols » restés fidèles aux Allemands. Une violente contre attaque du Corps Franc du maquis « Antoine » menée par le Cdt Hervé Lavigne Delville colmata la percée des « Mongols ». L’ORA du Cdt. Magne reprit de vive force le carrefour du Garric à 23 heures. La ville de Carmaux, une des rares en France, fut décorée de la Croix de Guerre pour sa résistance durant 3 jours aux assauts Allemands. Le même jour : Le Maquis « Stalingrad » dut repousser à Tanus des renforts blindés ennemis venus de Rodez sur les arrières. Le Maquis « Vendôme » dut intercepter à Rivières 300 Allemands venant de Toulouse destinés au front de Carmaux.
19 août, Albi libérée
Le 18 août au matin, le maquis Vény « Lulu » de Graulhet attaqua la caserne Lapérouse à Albi. Malgré la reprise de l’offensive ennemie, sur le Garric et sur les arrières à Blaye, elle fut repoussée avec vigueur par des maquisards survoltés.
Le 19 août vers 13 heures la ville d’Albi était libérée sans combat. L’accueil fut extraordinaire, inoubliable. À la Madeleine et au Vigan les gens chantaient, montaient sur les camions avec des fleurs pour nous embrasser et nous donner à boire. Ils ne savaient pas comment nous remercier spontanément. Nous étions émus et fiers de cette reconnaissance. Il faut avoir vécu ces moments-là pour pouvoir sentir le réveil de l’âme de la France. La colonne ennemie en déroute totale, suivie par l’ORA, s’était emparé de tout ce que pouvaient transporter les soldats et leurs matériels, vélos, charrettes à bœufs ou à chevaux, fuyant en direction de Castres sous le feu de 7 chasseurs bombardiers de la RAF arrivés au bon moment pour nous soulager.
21 août,l’entrée à Castres
Les Maquis du Sud du Tarn : Corps Franc de la Montagne Noire, ceux du Cdtt. Dunoyer de Segonzac, le Maquis de Vabre, le Corps Franc du Sidobre, le Groupe « Saucet », le Corps Franc « Bayard », les FTP de la 4.203e Cie, combattirent isolément des forces allemandes plus dispersées, dans les régions de Mazamet, Lacaune, La Mouline et St Pons. Ils s’emparèrent d’un train allemand de munitions et armements vers Labruguière. Ceci cassa le moral ennemi de la garnison de Castres forte de 4300 hommes, précipitant leur envie de se rendre avec les éléments rescapés de la garnison d’Albi. Encerclés par les maquis de « Hugues » et de l’ORA ils se rendirent le 21 août 44. L’entrée dans Castres fut aussi inoubliable qu’à Albi. Le bilan des prisonniers était élogieux, 1300 Allemands et 3000 « Mongols » (troupes supplétives parfois enrôlées de force), dont 71 officiers qui se rendirent avec leurs armements leurs blindés et les matériels. Le 21 août 44 venant de libérer le département, nous eûmes la surprise d’avoir encore à nous battre contre une nouvelle colonne d’Allemands arrivant de Toulouse.
Celle-ci avait pour mission de traverser le Tarn pour se rendre dans la vallée du Rhône, afin de s’opposer au débarquement de Provence. Le Colonel Redon alias « Durenque » Cdt. des FFI du département du Tarn, qui avait remarquablement articulé les unités et coordonné les combats pour la libération de Carmaux, d’Albi et de Castres à son échelon, du se remettre au travail. Un premier combat fut livré par les maquis du Nord et du Sud contre cette colonne forte de 2000 hommes, 130 camions et de 12 canons à tir rapide, pour lui interdire la traversée de Gaillac. Elle fut accrochée de nuit à son bivouac de Castanet, puis à Villeneuve sur Vère le 22 août au matin ; prise à partie par deux avions FFI Dewoitine 520 venus de Toulouse. Elle prit la décision de se diriger vers Albi.
Le Colonel « Durenque » ne disposait que de 500 hommes des 4.209e Cies de FTP, de 2 Cies du maquis « Patrice », de l’ORA de Cdt Pugnaire, du maquis « Manilève » et de « Lulu » pour défendre la ville. Il ne pouvait que la ralentir au maximum lors de la traversée du Tarn. Le combat fut brutal, il nous coûta 30 tués plus 6 civils à Albi, les pertes allemandes furent très importantes dans la ville (40 morts) où les ennemis furent tirés sur les camions, par les mitrailleuses des maquisards postées dans toutes les rues perpendiculaires à l’axe de déplacement vers Castres. Le 23 août, le Corps Franc de la Montagne Noire attaqua ce détachement ennemi au pont de la Mouline, à la sortie du département, lui causant de lourdes pertes, mais neuf de ses maquisards furent tués.
À nouveau prise à partie le lendemain par les maquis de l’Hérault, elle se rendit avec toutes ses armes, son commandant refusant le déshonneur, se tira une balle dans la tête.
Le bilan de 8 jours de combat
Le bilan général des huit jours de combat successifs pour 2700 maquisards légèrement armés est de 92 amis tués ou disparus, plus 17 civils et 74 blessés ; 165 ennemis tués, 215 blessés, 6200 prisonniers dont 4500 dans le Tarn. Armement et matériels : Tous les armements munitions véhicules matériels et blindés, de 6500 combattants faits prisonniers furent récupérés.
Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que ce bilan fut celui des maquisards ayant participé à ces combats avec des jeunes tarnais et des réfugiés de la débâcle du Nord, citoyens volontaires, conscients de leur devoir envers la République, sans formation militaire en général, non appelés ni mobilisés, très motivés, ne portant pas de quille autour du cou, fiers de servir la France jusqu’à la victoire pour la liberté. Ils le firent jusqu’à la fin de la guerre en Allemagne avec un esprit de sacrifice et un courage exceptionnel, ils brûlaient aussi des voitures et des chars, mais c’était ceux des envahisseurs ; ils nous interpellent encore aujourd’hui, ne désespérons pas de notre jeunesse elle a hérité de leur histoire.
Norbert Delpon AC de l’ORA Magne pour l’Echo du Tarn
| Le charme comme arme de guerre |
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| Mademoiselle Renée Taillefer, engagée dans la Résistance à l’âge de 17 ans, agent de liaison du groupe Vendôme, fut envoyée en mission à Técou par son chef de maquis pour aller récupérer 5 kg de plastic (explosif des résistants).
Cet explosif était destiné à couper la voie SNCF entre Gaillac et Marssac. Elle se rendit au maquis « Rogers » à bicyclette, et ramena le précieux colis dans le fond d’un sac rempli de prunes bien mûres par-dessus. Faisant route avec un jeune de son âge au retour, ils furent arrêtés à l’entrée de Brens par un barrage allemand ; pendant que le garçon était fouillé sans ménagement, la jeune fille n’avait pas beaucoup de choix dans ces circonstances : garder son sang-froid certainement, en calmant les battements de son cœur, et sourire si possible affectueusement, face à l’ennemi implacable en déclinant son identité. Le Chef de poste qui avait pris l’initiative de s’occuper de la jeune fille fut effectivement sensible à ce comportement qui l’honorait un peu dans sa qualité de « mâle ». Très fier, il accorda le passage sans difficulté en prélevant tout de même dans la foulée une poignée de prunes dans le panier. Ce « brave » sous-officier de Hitler, qui ne se doutait pas que quelques jours plus tard, cette belle fille si gentille, avec un pistolet à la main, accompagnée par le chef du Corps Franc de Vendôme, ferait 16 Allemands et un officier prisonniers à la gare de Gaillac, dans des conditions incroyablement audacieuses. Norbert Delpon, ORA. Renée Taillefer : chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur, titulaire de la Médaille militaire, Croix de guerre 39/45 avec palme, Croix du combattant volontaire de la Résistance, Croix du combattant volontaire 39/45, Médaille de la Résistance. |
| Expo commémorative |
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| Ce sont les situations difficiles qui font la valeur des hommes et non la vie facile. Ils méritent bien un lieu de mémoire permanent à Albi, Préfecture du département, pour que la réflexion sur leur exemple soit connue de tous ; une exposition de 250 tableaux, documents et armes, sera ouverte au public sur ces événements du 19 au 22 août 2004 dans la grande salle de Pratgraussals. Tous les anciens déportés, résistants et maquisards sont invités à y participer en exposant leurs documents et matériel personnel gardé en souvenir et en témoignant par des articles dans la presse de ce qu’ils ont vécu. |
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près les cérémonies commémoratives du Débarquement en Normandie, c’est au tour du Tarn de se souvenir 60 ans après de l’épisode de la Libération. Un récit livré par le Colonel Delpon qui nous a ouvert sa collection de photographies personnelles.
